Éditorial Mailly. Quand le libéralisme s’attaque aux acquis sociaux…

Mercredi 4 novembre 2015

Edito-Mailly

À plusieurs reprises j’ai indiqué que le libéralisme économique s’accompagne de l’autoritarisme social. Cet autoritarisme conduit ainsi, au niveau international comme dans certains pays européens, à vouloir remettre en cause le droit de grève.

Sur le plan international, ce sont les attaques récurrentes des employeurs au niveau du BIT contre les normes et notamment celle qui, sur la base de la liberté syndicale, concerne le droit de grève.

Actuellement ce droit de grève est également attaqué au Royaume-Uni, en Espagne et en Belgique. Il y a quelque temps ces attaques étaient plus soft : il s’agissait, par exemple, d’imposer des obligations en matière de service minimum dans les transports. C’étaient en fait des prémices.

Aujourd’hui l’attaque se fait plus hard : c’est la possibilité de mettre en œuvre le droit de grève dans les trois pays mentionnés qui est en cause.

Cela va de pair avec les coups de boutoir portés sur la négociation collective dans la plupart des pays européens, en particulier avec la priorité donnée à l’entreprise, au lieu du niveau national, pour négocier. Avec également la volonté de certains politiques ou responsables patronaux de mettre en place le référendum pour court-circuiter les syndicats.

Cette semaine, le gouvernement français doit rendre publiques ses intentions sur le Code du travail et la négociation collective.

Nous avons fait connaître à la ministre du Travail nos analyses et positions et avons prévenu que nous n’accepterions pas une inversion de la hiérarchie des normes. Car le rôle d’un syndicat n’est pas d’accompagner la remise en cause des droits collectifs et individuels des salariés actifs, chômeurs et retraités.

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons pas signé l’accord honteux sur les retraites complémentaires, qui conduit à travailler un an de plus ou à percevoir pendant trois ans une retraite amputée.

Au plus haut niveau de l’État on parle d’une liberté pour les salariés, confondant allègrement liberté et contrainte !

Qui plus est, cet accord modifie structurellement le régime paritaire en introduisant des critères fiscaux. Les assureurs privés se frottent les mains. Le patronat se trouve en outre exempté de tout effort.

Le Medef se félicite.

Le gouvernement applaudit.

La CFDT prend la présidence de l’Arrco.

Les salariés et retraités apprécieront les effets du triptyque gouvernement/Medef/CFDT.

Éditorial Mailly. Quand le libéralisme s’attaque aux acquis sociaux... - 4 nov. 2015
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2 commentaires on “Éditorial Mailly. Quand le libéralisme s’attaque aux acquis sociaux…

  1. Le gouvernement a présenté un amendement au projet de loi Rebsamen sur le dialogue social débattu au Sénat. Le texte précisait que la répartition des sièges entre organisations patronales dans les organismes paritaires (Unédic, Agirc-Arrco, CESE, etc) se ferait en fonction du nombre total de salariés dans les entreprises adhérentes à chacune d’elle. Par ailleurs, la répartition des financements, soit une taxe à 0,016%, se ferait aussi en fonction du nombre de salariés des entreprises représentées. Problème, un décret contraire précisant la loi du 5 mars 2014 a été publié le 13 juin dernier. Il disposait qu’à partir de 2017, la répartition des sièges dans les organisations paritaires se ferait en fonction du nombre d’entreprises adhérentes ayant réglé leur cotisation. Surprise par la démarche, l’UPA (Union professionnelle artisanale) s’est insurgée contre «le manque de concertation du gouvernement, alors que cette querelle patronale dure depuis des années». Pourquoi cet amendement a-t-il donc été proposé? C’est le ministre du Travail, François Rebsamen, qui l’a présenté comme «un amendement technique», prétextant qu’il s’agissait d’une manière d’harmoniser la loi du 5 mars 2014. «Sauf que l’amendement en question aurait justement modifié l’équilibre général de la loi du 5 mars 2014.Le rapport réalisé par l’ex-directeur général du travail Jean-Denis Combrexelle sur lequel elle s’appuyait, expliquait que la représentation patronale ne pouvait pas se construire comme celle des syndicats sur le principe «un homme, une voix» et plébiscitait le concept « une entreprise, une voix ».«Le gouvernement a du vouloir privilégier le dialogue avec un seul référent, bien identifié, en l’occurrence le Medef», lance Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, «car cette mesure devrait évidemment favoriser l’organisation de Pierre Gattaz autant en matière de sièges que sur le plan financier».
    Quelques autres “éléments techniques”:
    Pierre GATTAZ et sa famille possèdent 87% des parts de RADIALL, société familiale qu’il a tenté au forceps (assignation d’EURONEXT en justice en 2011) de faire sortir de la cote. Grand bien lui a pris d’échouer dans cette tentative puisqu’à peine élu président du MEDEF, le cours de l’action RADIALL grâce aux marchés qui vont avec, s’est envolé, comme on dit dans les milieux financiers chers à Mr SAPIN. Sans rallumer la polémique restée ouverte avec les chiffres provocateurs publiés par un quotidien à fort ADN de gauche, force est quand même de constater que:
    Cours en 2011 période judiciaire : 80€ /cours en 05/11/15 : 203€ soit + 250 %
    Capitalisation boursière au 5/11/15 : 375.54 MEUR dont 87% soit 327 M€ pour son dirigeant et ses proches (hors rémunérations annuelles multiples des mêmes). Que de souffrance pour le chef des entrepreneurs de France !!!

    • N’oublions pas quand même le droit de réponse…
      http://pierregattaz.fr/post/84914871496/salaires-et-mod%C3%A9ration-cessons-les-fantasmes
      Et profitons en pour signaler comme le signale Denis RANQUE, au nom du HCGE (Haut comité du gouvernement d’entreprise), que dans la quête salutaire de réputation des entreprises françaises rassemblées, “lors de certaines de ces réunions ou à l’occasion de rendez-vous spécifiques, le Haut Comité a rencontré diverses personnalités : MM. Gérard Rameix, président de l’AMF, Pierre Gattaz,
      président du MEDEF, Pierre Pringuet, président de l’AFEP, et Paul Hermelin, président de Cap Gemini1. En outre, le président du Haut Comité et son secrétaire général ont rencontré M. Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes Publics et un conseiller de M. Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie” (Des réflexions en vue d’une révision du Code (AFEP-MEDEF de gouvernement d’entreprise des sociétés cotées) ont été menées en 2012/2013 par l’AFEP au sein d’une commission de gouvernance présidée par M. Paul Hermelin et au sein du MEDEF au sein de son comité d’éthique présidé par M. Robert Leblanc, président-directeur général d’AON France (à société mère chicagoane, et nous savons que depuis Eliott Ness, ce sont des groupes tout à fait exemplaires, attachés aux intérêts de la France), puis dans le cadre de travaux communs qui ont abouti à la publication du Code de juin 2013… Peu de chances qu’il y ait des “loups” comme on dit de manière familière, avec de tels garde-fous.

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